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Les métiers du cheval

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Les métiers
Icone-cheval.jpg
Enseigne
Région Drapeau-breton.jpg Bretagne
Département Armoiries-35.jpg Ille-et-Vilaine
Commune Armoiries-mordelles.jpg Mordelles
Métier Les métiers du cheval
Période Première moitié XXe siècle
Références
Collection A.M. Nédellec, collection privée
Rédacteur(s) A.M. Nédellec, I.Birot






Ces métiers ancestraux qui ont disparu
Information 02.jpg

L’annuaire officiel d’Ille-et-Vilaine édité en 1900 atteste qu’à Mordelles, l’activité commerciale et artisanale est bien développée. Même si l’on y remarque la présence d’une majorité d’agriculteurs et de cabaretiers, voire même celle de deux hôtels, nous allons donner la préférence dans cet article aux métiers qui se sont développés autour du cheval. Ainsi, les bourreliers, charrons et maréchaux-ferrants, autrefois moteurs de notre économie rurale, ont totalement disparu du paysage mordelais.


Bourrelier

L'enseigne d'un bourrelier
Le bourrelier réalise et entretient les harnachements des chevaux[1]. Une fois par an au printemps, il se déplace dans les fermes pour vérifier les harnais, les réparer si nécessaire et les graisser. Il y va en vélo, sa sacoche en cuir en bandoulière avec tous ses outils.

Suivant le nombre de chevaux et le travail à effectuer, il y reste quelques heures à plusieurs jours. Il en profite aussi pour remettre en état sommiers et matelas. Il prend ses repas à la ferme et commence tôt, dès 6 h ou 6 h 30 du matin, par un petit déjeuner servi dans un grand bol où se mélangent de la soupe, du lard, du pain et du cidre. A 10 h, il prend un repas complet servi généralement sur une galette, ce qui ne l’empêche pas d’avoir encore bon appétit à midi ainsi que le soir pour le souper. Les journées de travail sont longues[2] et une nourriture consistante, faite à partir de produits de la ferme, est la bienvenue.

collier de traction

En hiver par contre, il reste dans son atelier et ce sont alors ses clients qui se déplacent. Il les accueille dans une bonne odeur de cuir, dans un local où il y a peu de machines. Il utilise plutôt une multitude de petits outils, son travail est en effet très méticuleux. Ainsi, pour la fabrication d’un collier, il doit tout façonner : le cuir, les attelles et les ferrures. Les attelles en hêtre lui sont fournies à l’état brut et il les découpe avec précision à l’aide d’une scie à "repente". Une cintreuse à levier l’aide à fixer les ferrures. Le cuir épais de couleur orangée, qu’il travaille, est en peau de vache et prélevé sur le dessus des reins là où se situe la meilleure qualité. Il est pratiquement inusable.

La bourre de crin doit être parfaitement répartie dans le collier pour ne pas blesser l’animal. Tout est millimétré. Chaque matin, il commence par enduire de poix le fil de chanvre. La poix est une matière noire collante utilisée comme enduit imperméabilisant, qui donne de la consistance aux fils. Il est prêt ainsi à recoudre un licol en quelques minutes.

En 1900, Mordelles compte 4 bourreliers :

M. Agaesse, M. Boivin, M. Drouin et M. Rouesné.

En 1938, on en répertorie encore 3 :

M. Libiot, M. Morice et M. Forest.

La photo ci-dessous a été prise, début 1900, avenue du Maréchal Leclerc.
Le bourrelier-sellier Agaesse ainsi que ses ouvriers posent pour l’occasion devant l’atelier, en y exposant les différentes facettes de ce métier.

Le bourrelier Agaesse et ses ouvriers

Charron

A cette époque, 6 charrons exercent dans notre commune.

Ce métier alliant le bois et les métaux, il est à mi-chemin entre le travail du menuisier et celui du forgeron pour le bandage des roues. Le charron fabrique, entretient et répare tout ce qui roule : charrettes, tombereaux, brouettes, tonneaux…
Brouette fabriquée par Henri Guinard

C’est un métier qui demande beaucoup d’expertise et le plus spectaculaire est vraisemblablement, après la confection d’une roue, la réalisation de son cerclage métallique.
Cette opération est réalisée conjointement avec un forgeron pour bénéficier de sa fouée[3]. La complexité réside tout d’abord dans la mesure de la circonférence de la roue, puis dans le calcul du périmètre du cerclage et enfin dans la mise en place du bardage. Pour ce faire, le forgeron cintre une barre de fer qu’il a au préalable aplatie, puis effectue une soudure pour obtenir un cercle. Il chauffe ensuite le fer au rouge pour assurer sa dilatation et cale en force le cercle sur la roue tout en veillant à ne pas la voiler. C’est une tâche pénible et extrêmement précise. Il faut ensuite arroser très vite le cerclage pour que le bois des jantes ne brûle pas. En se rétractant, si tout a bien été calculé, les cercles métalliques adhèrent parfaitement à la roue. Dans le travail du bois, les fermiers font également appel au charron pour toutes les réparations du matériel agricole, voire la fabrication des échelles, des mangeoires ou encore des brouettes et des camions utilisés par les lavandières. La brouette ci-contre était utilisée pour le transport des pommes et des bouses de vaches. Elle a été fabriquée par Henri Guinard vers 1955 (ferme de la Ville Noublé).

En 1900, 6 charrons à Mordelles :

M.Bougeard, M. Cottais, M. Forêt, M. Hervé, M. Saulnier, M. Rouault.  

En 1938, encore 5 charrons :

M. Bougeard, M. Hervé, M. Guinard, M. Barbier, M. Evrard.

Maréchal-ferrant

En 1900, l’annuaire officiel d’Ille-et-Vilaine en référence six à Mordelles. Peu de communes peuvent se vanter à cette époque d'en compter autant. En effet, l’axe Rennes-Lorient traversant la commune, la circulation hippomobile y est alors importante.

La forge "Le Clos Ferré"
Toute l’année et principalement le matin, le maréchal-ferrant ferre les chevaux. L’opération consiste à enlever l’ancien fer, rogner le sabot pour ôter la corne morte, percer le fer neuf et le chauffer, avant de le poser, l’ajuster et le clouer sous le sabot qui doit être parfaitement lisse. Alors que l’animal est attaché à une boucle scellée dans le mur, toute la difficulté consiste à l’immobiliser tout en lui enlevant la corne excédentaire, et cela sans le blesser.

Photo ci-dessus : La forge Thézé dans la cour du Clos Ferré.
De gauche à droite, Joseph Thézé fils, Joseph Thézé père et Jean Thézé. A gauche, l’appentis où Joseph, père et fils, ferraient les chevaux, à droite la forge.

Pendant cette intervention, il se dégage toujours une très forte odeur de corne brûlée notamment lorsque le fer est rouge et posé (de façon totalement indolore) sur le pied du cheval. C’est pourquoi l’appentis où Joseph Thézé, père et fils[4], ferrent les chevaux, est appelé "le trou fumé". Pour éviter que le cheval ne soit trop turbulent, ils le maintiennent dans un "appareil" suffisamment ajusté pour que ses mouvements soient entravés. Ils attachent ensuite le pied du cheval qu’ils lèvent à bonne hauteur, à l’aide d’une corde.

La famille Thézé exerce le métier de maréchal-ferrant depuis 4 générations à Mordelles, soit au moins depuis l'année 1856. La forge, "Le Clos Ferré", est ainsi transmise de père en fils pendant plus de 100 ans. Tous portent le prénom de Joseph, à l'exception de l’arrière-beau-père d’Angèle Thézé, Jean-Marie. Le Clos Ferré perd sa fonction de forge en 1963.

A cette époque, le maréchal-ferrant coupe la queue des chevaux. Plusieurs motifs à cela : tout d’abord, cela met en valeur la musculature de l’animal, ensuite cela évite au cocher d’être fouetté par la queue de l’animal et enfin, les crins ne risquent pas de se coincer dans le harnais lors de l’attelage. Cette intervention est à la fois très délicate et douloureuse pour l’animal. Alors, pour le "distraire" et le maîtriser, Joseph Thézé, père et fils, lui appliquent un tord-nez qui lui pince fortement le bout du nez. La plaie est ensuite cautérisée au fer rouge. Cette pratique peut paraître barbare mais à l’époque dans les campagnes, les moyens sont limités et les vétérinaires quasiment inexistants : avant la seconde guerre mondiale, il n’y a pas de vétérinaire à Mordelles. Cette opération est interdite depuis 1996.

Le maréchal-ferrant remplit encore beaucoup d’autres tâches : il cercle les roues de charrettes, bat les socs de charrue, fabrique des outils[5] et entretient le matériel agricole et domestique. Avec l’arrivée des voitures et le déclin du transport hippomobile, ce sont ces tâches qui deviennent l’activité principale de Joseph fils dans les années 60.

Enseigne forge Thézé

Pierre Piolin, habitant la ferme du petit Launay, a été le dernier agriculteur qui circulait dans Mordelles, tenant par la bride son cheval attelé à un tombereau. Nous étions alors dans les années 70-80 et son cheval a été aussi le dernier que Joseph Thézé, fils, ait ferré.

Les 6 maréchaux-ferrants exerçant en 1900 sont :

M. Juette, M. Thézé, M. Lacroix, M. Pohin, M. Dubois et M. Béhard.

En 1938, ils ne sont plus que 3 :
M.Thézé, M. Bigot, M. Fontaine.







Photo ci-contre : Joseph Thézé fils, dans son atelier, en train de taper sur son enclume

Sources des photos et des textes

Photos : archives A.M. Nédellec.
Textes : A. Thézé, M. Costo.

Notes et références

  1. Têtières, colliers, licols, sous-ventrières, guides, courroies, sangles …
  2. Une bonne dizaine d’heures.
  3. Feu de la forge.
  4. Respectivement beau-père et mari d’Angèle Thézé.
  5. Haches, faucilles, bêches, fourches…
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